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  1. UN MEGA PROJET PÉTROLIER DANS LA REGION DES GRANDS LACS EN AFRIQUE

    En 2006, de larges réserves de pétroles ont été découvertes au cœur du parc naturel protégé des Murchison Falls en Ouganda. Total, associée à d’autres compagnies pétrolières anglaise et chinoise (Tullow et CNOOC Limited) s’est ainsi positionnée pour développer un projet d’une envergure colossale.

    Total va forer plus de 400 puits, permettant d’extraire environ 200 000 barils de pétrole par jour. De plus, un oléoduc géant de 1445 km de long sera construit pour transporter le pétrole, impactant des territoires à la fois en Ouganda et en Tanzanie.

    En tout, plus de 10 milliards de dollars sont investis pour ce projet pétrolier démesuré.

    Pourtant, la mobilisation citoyenne a déjà gagné : dans cette même région des Grands Lacs, Total vient de renoncer à exploiter du pétrole dans le parc naturel des Virunga en République Démocratique du Congo. Il est donc impensable que la multinationale puisse tranquillement lancer en même temps ce projet similaire en Ouganda, juste de l'autre côté de la frontière.

    Avant même le début de l'exploitation, les impacts sur les populations locales sont déjà très graves.

    Comprendre de quoi est fait concrètement ce méga-projet pétrolier :
    1. Le projet « Tilenga » opéré par Total :
    - Développement de 6 champs pétroliers : 419 puits seront forés sur 34 plate-formes pétrolières, principalement à l’intérieur même de l’aire naturelle protégée des Murchison Falls, permettant une production d’environ 200 000 barils par jour
    - Construction d’une zone industrielle, notamment une usine de traitement (« CPF »), en bordure du parc, dans le district de Buliisa

    2. Une raffinerie et d’un aéroport, construits par le gouvernement ougandais

    3. Un méga-oléoduc (« EACOP » - East Africa Crude Oil Pipeline), construit par un consortium composé de la multinationale française Total, la britannique Tullow, la chinoise CNOOC et les gouvernements ougandais et tanzanien, qui traversera 1445 km depuis la raffinerie jusqu’au port de Tanga en Tanzanie.

    4. D’autres infrastructures associées, construites par Total, ses partenaires et le gouvernement, principalement :
    - un système de pompage d’eau du lac Albert pour les besoins des puits pétroliers ;
    - un réseau de 180 km combinés de pipelines, passant y compris sous le Nil, pour transporter pour certains le pétrole et le gaz produits, et pour d’autres l’eau ;
    - des sites de stockage et de traitement des déchets pétroliers ;
    - de nouvelles routes pour faciliter le développement de cette industrie pétrolière.

TOTAL EST ACCUSÉE DE …

  1. BAFOUER LES DROITS HUMAINS

    Des dizaines de milliers de personnes risquent être impactées par l’exploitation du pétrole et la construction des infrastructures associées. En Ouganda, selon les témoignages recueillis :
    - Les familles subissent des intimidations et doivent quitter leurs terres, bouleversant ainsi totalement leurs modes de vie.

    - Certain·e·s habitant·e·s n’ont d’ores et déjà plus le droit de cultiver car l'accaparement de leurs terres a commencé : des familles entières sont ainsi laissées pour compte. Elles n’ont plus les moyens d’acheter leur nourriture et ne peuvent plus bénéficier des fruits de leurs terres.

    - Parmi les personnes qui ont déjà été expulsées, certaines attendent désespérément une nouvelle maison. Pour celles qui ont déjà reçu une compensation financière, elles en contestent fortement le montant, expliquant qu’il ne leur suffit pas à racheter des terres et cultures équivalentes.

    - Des enfants doivent quitter les bancs de l’école : leurs parents ne peuvent plus payer les frais de scolarité.

    Les habitant·e·s dépendent principalement de l’agriculture et de la pêche ; des secteurs directement menacés par ce méga-projet. Si rien n’est fait, des milliers de vies seront bouleversées dans l’impunité la plus totale.

  2. MENACER L’ENVIRONNEMENT ET LE CLIMAT

    Ce méga-projet est développé en plein cœur d’une aire naturelle protégée qui abrite des écosystèmes exceptionnels.

    C’est un sanctuaire de biodiversité fragile.
    On y trouve de plus de 500 espèces d'animaux dont certaines menacées : lions, éléphants, hippopotames, girafes, phacochères ainsi que de très nombreuses espèces d'oiseaux...

    Le lac Albert, une des sources du Nil, se trouve également dans la zone où Total s’apprête à forer. Sa contamination pourrait être dramatique pour les poissons et les populations qui dépendent de la pêche, sur ce fleuve qui compte parmi les deux plus longs du monde.

    Et le climat ?

    Contenir la température globale sous la barre de 1,5 ° est un impératif pour la survie de l’humanité et de la planète. Ce type de projet pétrolier, en plus de présenter un risque direct pour l’environnement, ne fait que contribuer massivement au dérèglement climatique et nous mène tout droit vers la catastrophe. Chaque dixième de degré compte : nous devons empêcher ce projet de voir le jour si nous voulons éviter le chaos climatique.

  3. CONTINUER A PILLER L’AFRIQUE ET Y ASSEOIR SON EMPRISE

    Total est la légataire de Elf. L’ancienne compagnie publique française a été rachetée alors qu’elle était engluée dans des affaires de corruption, ses dirigeants ont été condamnés par la justice.

    Aujourd’hui, une idée se répand : l’influence des entreprises françaises en Afrique se réduirait pour laisser la place à des capitaux d’autres pays, notamment chinois. Pourtant, leurs affaires se portent bien, dans le pré carré de la Françafrique mais aussi, de plus en plus, en dehors... y compris dans des pays autoritaires comme l'Ouganda. Et Total est ainsi l'opérateur principal de ce mégaprojet pétrolier dans un pays anglophone.

    Le respect de la loi ?
    En avalant Elf, elle a récupéré ses marchés mais s’est aussi dotée d’un puissant outil d’influence. Total sait se jouer des lois, avec le soutien complaisant des dirigeants et dictateurs

  1. COMMENT GAGNER CETTE CAMPAGNE ?

    Depuis de nombreuses années, les Amis de la Terre sont mobilisés pour démanteler le pouvoir des multinationales, et ont ainsi été au cœur du combat pour l’adoption de la loi française sur le devoir de vigilance des multinationales, finalement promulguée en 2017. Survie a soutenu cette bataille législative ouvrant la voie à un nouveau type de procédures judiciaires, et s’associe aux Amis de la Terre pour faire condamner une des entreprises françaises qui pille le sous-sol de l’Afrique.

    Total fait partie des 25 plus grandes multinationales du monde et son activité décomposée en milliers de filiales, franchises et sous-traitants, l’a rarement exposée à des sanctions juridiques.

    C’est ce système auquel s’attaque cette nouvelle loi française : concrètement, les maisons-mères des multinationales peuvent enfin être tenues responsables des atteintes aux droits humains et à l’environnement que peuvent provoquer leurs activités, en France comme à l’étranger.

    Depuis des mois, nous enquêtons sur le terrain pour faire toute la lumière sur les atteintes commises par Total dans le cadre de ce nouveau projet pétrolier en Ouganda.

    Nous avons ainsi rassemblé documents et témoignages qui pointent la responsabilité de Total. Les preuves s’accumulent.

    Avec ce cas concret, nous voulons donc nous assurer de l’application ambitieuse de cette nouvelle loi : elle nous permet de saisir la justice avant tout dommage, pour empêcher Total de faire peser des risques considérables et irréversibles sur les habitant·e·s, la biodiversité, l’environnement et le climat. Surtout, si les juges confirment que des violations sont avérées, cette loi peut nous permettre de faire condamner l'entreprise à réparer les dommages causés et indemniser les populations affectées.

    Total est une multinationale très puissante. Ses moyens financiers considérables risquent de faire durer cette bataille juridique sur plusieurs années. Elle va tout tenter pour nous faire renoncer. C’est pourquoi le soutien de tous·tes est essentiel : le pouvoir citoyen peut nous permettre enfin d'obtenir justice face à Total.

    Les étapes de la procédure :

    - 24 juin 2019 : Nous avons envoyé un courrier de mise en demeure à Total, pointant les éléments de non respect de la loi sur le devoir de vigilance par l’entreprise. Elle a trois mois pour nous répondre et se mettre en conformité avec ses obligations : élaborer, publier et surtout mettre en œuvre de façon effective les mesures à même de prévenir les atteintes graves aux droits humains et à l’environnement dans le cadre de ce projet en Ouganda.

    - Si au bout de 3 mois l’entreprise n’a pas répondu et ni agi de façon satisfaisante, nous pourrons saisir le juge pour qu’il l’enjoigne de respecter ses obligations, le cas échéant sous astreinte financière.

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